Au bout de quelques instants, nous entendîmes un hurlement déchirant. Nous poussâmes nos chevaux et arrivâmes au lieu du drame. Zarra était trainée par deux gardes, un autre prenait le cheval et il en restait toujours 3 à cheval. Raphaël et moi-même n'étions armés que d'épées, mais après avoir échangé un regard éloquent, nous nous élançâmes.
Au son du galop des chevaux, les gardes se retournèrent et dégainèrent leurs épées. Raphaël et moi avions déjà sorti les nôtres et nous plongeâmes dans la masse. Au son du métal qui s'entrechoquait, les gardes qui tenaient Zarra se retournèrent et dès qu'ils virent ce qui était entrain de se passer, ils lâchèrent leur prisonnière et coururent dans notre direction. Dans un bon réflexe, Zarra couru se mettre à cheval et elle partit, loin des regards.
Raphaël et moi-même nous battions avec détermination quand soudainement, le garde avec lequel je me battais, fût projeté à terre et ne bougea plus. Une tache sanglante apparu sur sa tête. Dans ma confusion, j'en oubliais de me battre. Tout d'un coup, j'entendis :
-Attention ! Me cria Raphaël. Et il bloqua l'homme qui me venait contre.
-Merci ! Lui criais-je et je me remis au combat de plus belle. Les hommes de la reine tombaient les uns après les autres. Et pour finir, il n'en resta aucun apte à se battre. Nous prîmes les chevaux et appelâmes Zarra. Celle-ci apparu sous un arbre.
-Est-ce que... Est-ce que je l'ai tué ? Bafouilla-t-elle.
-Ben si c'est toi qui a lancé la pierre, oui. Lui répondis-je sèchement.
-Je te signale que je viens de te sauver la vie ! Lança-t-elle avec plus d'ardeur.
-Je n'avais pas besoin de votre aide, vôôôôtre mââââjesté... Je me débrouillais très bien toute seule...
-Mais bien sûr, mademoiselle n'a jamais besoin de personne ! Mademoiselle se débrouille très bien toute seule ! Mademoiselle sait tout mieux que tout le monde !
La fureur de Zarra revenait envers cette effrontée qui osait la traiter comme un chien. Oubliant toute prudence, elle se jeta sur la jeune fille, bien que cette dernière eût une épée et qu'elle soit plus musclée. Mais Zarra ne parvint jamais à son but, car Raphaël s'interposa entre les deux demoiselles et pour la deuxième fois, Zarra rebondit contre lui.
-C'est pas bientôt fini, non ?! Vous n'êtes que des gamines mal élevées ! Désormais, c'est moi qui commanderai. Finies, les petites disputes ! Aller... A cheval ! Et plus un mot ! Il fallait bien admettre quelque chose : c'est que Raphaël savait se faire respecter... Nous nous mîmes donc tous à cheval et sans mot dire, nous reprîmes la route.
-J'ai juste un truc à dire... : c'est que je suis venue te chercher aux périls de ma propre vie, à cause d'une décision imbécile...
-Allyah ! Arrête... me lança Raphaël avec un regard de braise.
Je détournais les yeux et mis mon cheval au pas. Les deux autres que je tenais par les rênes me suivirent.
-De toute façon, tu n'étais pas obligée de venir, je ne t'ai rien demandé ! Lança encore Zarra.
A ce moment-là, pour la première fois, Raphaël nous fit réellement peur... Il semblait fou de rage. Il ne dit rien, mais son regard suffit et nous n'ouvrîmes plus la bouche. Ce qui ne nous empêcha pas toutefois de nous envoyer des regards assassins. Mais au bout d'un moment, je choisis une autre méthode : je décidai d'ignorer complètement Zarra et nous continuâmes notre route vers le nord sans d'autres incidents.
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Au bout de plusieurs jours de route, nous changeâmes de direction et nous allâmes à l'ouest. Les relations ne s'étaient pas améliorées entre Zarra et moi et Raphaël avait beau essayer de détendre l'atmosphère, malheureusement, rien n'y faisait. Je réfléchissais énormément et repensais aux paroles blessantes que m'avait adressées Zarra. Je savais que je n'étais pas reine et qu'elle courait un grand danger, mais deux fois j'avais risqué ma peau pour elle et elle ne semblait pas s'en souvenir. J'en arrivais à me demander si elle avait un petit peu d'estime pour moi, mais cela m'aurait étonnée. J'avais été profondément blessée et les résolutions de lui apprendre l'épée et l'équitation étaient entrain de me quitter, parce que j'étais convaincue qu'elle n'en avait cure et qu'elle se sentait trop supérieure pour apprendre quelque chose de moi.
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Il me semblait que personne ne comprenait ma situation... Je ne souhaitais pas devenir reine (si ce n'est pour venger mon père) et je voulais encore moins mourir empoisonnée... J'étais une proie facile, car je ne savais pas me défendre et n'importe quel briguant de grand chemin pouvait m'enlever et exiger une rançon pour me renvoyer au château. Ma situation était donc des plus inconfortables et je savais très bien que, même avec Allyah et Raphaël, j'aurais énormément de chance de m'en tirer indemne. Je me sentais mal vis-à-vis d'Allyah, mais ma fierté m'interdisait de faire un geste dans sa direction. Ma position sociale m'obligeait aussi à mettre une distance entre les autres personnes et moi. Une des premières choses que l'on apprenait étant princesse était qu'il ne fallait faire confiance qu'à soi-même... Cette règle valait autant pour les étrangers que pour les amis et la famille. C'était ce qui nous permettait de survivre la plupart du temps. Je commençais quand-même à trouver le temps long, à force de rester muette. J'avançais donc et me mis à la hauteur de Raphaël. Je lui demandai où nous allions. Il ne voulut pas me répondre, mais il m'assura que je serais bientôt agréablement surprise. Je m'étais toujours méfiée de ce genre de phrases et je m'arrêtais au milieu du chemin.
-Je refuse d'avancer tant que tu ne m'auras pas dit où nous allons et pourquoi !
-Bon... Ne recommence pas tes caprices s'il-te-plaît et laisse-moi te guider !
-Non ! Je ne sais rien de toi ! Comment pourrais-je te faire confiance ? Je propose que nous fassions une halte et que tu nous dises qui tu es exactement.
-Je ne m'arrêterai pas si près du but pour te raconter ma vie... Tu n'as qu'à demander à Allyah. Elle sait tout ce qui se passe et ce qu'on fait. (En disant cela, il espérait quand-même permettre aux deux jeunes filles de se réconcillier.)
-Je refuse ! Je veux que tu me dises qui tu es exactement, pas seulement ce que tu m'as dit le premier soir dans ma chambre, et j'aimerais savoir où nous allons... Dis-je nerveusement.
-Tu le sauras bien assez tôt. Maintenant, tait-toi ! Je n'aimerais pas que nous nous fassions repérer par des gardes-chasse.
Je restais néanmoins sur mes gardes et jetais parfois des regards obliques à Raphaël... Allyah me dépassa à vive allure, en marmonnant dans sa barbe :
-Ca nous a fait confiance jusque là, on a failli se faire tuer pour elle, mais non... Madame, ça ne lui suffit pas...
Je sentis une réplique cinglante me venir au bout de la langue, mais je croisais le regard dur et froid de Raphaël et je me retins.
§
Nous arrivâmes au sommet d'une colline et en contrebas se dessinèrent des champs à perte de vue. Du blé poussait partout (ce qui contrastait réellement avec l'environnement touffu et plein de feuilles que nous avions côtoyé des jours entiers dans la forêt) et sur la colline d'en face, se trouvait une maisonnette, faite en grosses pierres de taille et avec le toit de chaume. Après un court arrêt, Raphaël nous fit un petit signe de la main et nous partîmes au pas, au bas du chemin de terre qui serpentait face à nous. Lorsque nous arrivâmes à une vingtaine de mètres de la maisonnette, une femme en sortit, avec l'air tout ému. Je regardais du côté de Zara, qui n'avait l'air de ne rien comprendre. Je souriais intérieurement, car en discutant avec Raphaël, je savais qui était cette belle femme...
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